Une cantate jazz inédite entre lumière intérieure et swing partagé
Denis Gancel, compositeur : Et si la forme de la cantate rencontrait la liberté du jazz ?
Les 11 avril 2026 à Cannes et 12 avril à Nice, le Chœur Région Sud s’associe au trio de Jazz Denis Gancel et propose au public: « Les Pèlerins d’Emmaüs ». Précédée de la version instrumentale du Magnificat du même auteur, « Les Pèlerins d’Emmaüs » sont une œuvre où les voix dialoguent avec l’improvisation, où la tradition s’ouvre au présent, et où la musique devient chemin.
Le programme
Samedi 11 avril 20h30 : Cannes – Église du Suquet
Dimanche 12 avril 17h00 : Nice – Église Anglicane
Denis Gancel
Magnificat. Version instrumentale pour Jazz trio
Les Pèlerins d’Emmaüs. Jazz trio. Chœur. Soliste
Jazz trio :
Piano : Denis Gancel
Contrebasse : Nicolas Chelly
Batterie / percussions : Hidéhiko Kan
Soprano : Juliana Olm
Chœur Région Sud :
Direction Michel Piquemal
Gancel / Piquemal : une rencontre artistique évidente
Tout commence par une rencontre. Celle de Michel Piquemal et Denis Gancel, à l’occasion d’un concert à Paray-le-Monial. Entre le chef de chœur habité par l’amour des voix et le compositeur-pianiste nourri de liberté jazz, l’évidence s’impose : renouer avec la forme de la cantate — mais dans une écriture d’aujourd’hui.
«De J.S. Bach à Barbara, la cantate a toujours été un espace de liberté», rappelle Denis Gancel. Alternance des voix, dialogue des timbres, circulation entre écriture et improvisation : la forme est idéale pour une parole musicale vivante.
Ainsi sont nés les Pèlerins d’Emmaüs

Pèlerins d’Emmaüs : Le jazz comme langage du chemin
Dans cette œuvre composée par Denis Gancel et quasi inédite pour mezzo, chœur mixte et ensemble de jazz, le récit devient mouvement. La marche des pèlerins se transforme en pulsation. La conversation devient interplay. Les silences prennent sens.
Denis Gancel ne cherche pas l’effet spectaculaire. Il privilégie une lumière progressive, une respiration. L’improvisation ouvre des espaces intimes, tandis que l’écriture chorale donne profondeur et ampleur.
Ce n’est pas un “crossover”. C’est un dialogue.
Un échange entre la liberté du jazz et la force collective du chant choral.
Un compositeur entre rigueur et liberté
Formé à l’École Normale de musique de Paris, Denis Gancel a d’abord traversé les exigences du répertoire classique — examens sous tension, sonates redoutées, rigueur absolue.
« Le jazz m’a libéré. Non pas qu’il y ait moins de rigueur — elle est ailleurs. Mais c’est joyeux. »
Marqué par la rencontre décisive avec Jacques Loussier, qui l’encourage à écrire sa propre musique, Denis Gancel développe une écriture fluide, narrative, ouverte. Ses albums aux titres malicieux — Bric à Brac, Méli-Mélo, Puzzle, Mic-Mac — témoignent de son goût pour les ponts plutôt que pour les frontières.




Le Chœur Région Sud: Une formation qui a du répondant !
Pour Denis Gancel, travailler avec le Chœur Région Sud est une évidence :
«Ça sonne bien. Réactivité incroyable. Agilité en plus de la musicalité. C’est un chœur qui a du répondant.»
Sous la direction de Michel Piquemal, les voix ne se contentent pas d’exécuter. Elles incarnent. Elles dialoguent. Elles participent pleinement à la dramaturgie musicale.
Ce partenariat donne à la cantate une intensité rare : la précision de l’écriture y rencontre l’énergie collective.
Les Pèlerins d’Emmaüs : une lumière intérieure
Ceux qui connaissent le Magnificat de Denis Gancel se souviennent de son choix esthétique : une joie retenue, intérieure, presque suspendue.
«Je n’imagine pas Marie sautant au cou d’Élisabeth», confie-t-il. «Leur joie est passée par des regards d’une immense douceur.»
Cette même lumière habite aujourd’hui Les Pèlerins d’Emmaüs. Une spiritualité sans emphase. Une émotion qui circule plus qu’elle ne s’impose.
Denis Gancel: le jazz comme chemin, la cantate comme rencontre… Entretien avec Fabrice Roy
Les origines d’une vocation
Il parle de musique comme on parle d’une maison d’enfance. Avec des vibrations, des odeurs, des silences. Chez Denis Gancel, tout commence sous un lustre, dans un appartement du XVe arrondissement. Sept enfants, un père musicien, des pupitres installés le dimanche, des étuis de violoncelle qui traînent dans le salon.
« Je me baladais le long des pupitres. Ça jouait comme ça pouvait… mais j’étais fasciné. »
Ce qui le marque, ce ne sont pas les performances — c’est l’ambiance. Les vibrations. Et surtout ces partitions transmises de génération en génération. Dans un couloir étroit, des placards remplis de feuillets annotés par son grand-père, organiste à Poitiers, capable de remplacer violon, alto, clarinette… tout.
Le jeune Denis grimpe sur un escabeau, tire une liasse au hasard. Il découvre, il tâtonne, il massacre la Pathétique — « le nom était bien trouvé ! » — mais il apprend. La musique n’est pas encore une carrière. C’est un territoire.
À l’École Normale de musique, la rigueur s’impose. Jeanine Bonjean lui annonce sans détour :
« Vous avez du talent, mais vous ne savez pas vous servir d’un piano. À partir de maintenant, cinq heures par jour. »
Il travaille. Il affronte les examens dans le noir de la Salle Cortot. Le jury murmure :
« Nous serions gourmand d’entendre votre sonate de Beethoven… »
Le piano glisse. L’angoisse de la fausse note s’invite.
Puis le jazz arrive.
« Le jazz m’a libéré. Non pas qu’il y ait moins de rigueur — elle est ailleurs. Dans la mise en place, l’harmonie, les passages de témoin. Mais c’est joyeux. »
La rencontre avec Jacques Loussier est déterminante. Celui qui avait osé jouer Bach en jazz lui souffle un conseil décisif :
« C’est bien de jouer les standards. Beaucoup l’ont fait avant toi. Écris ta musique. »
Une permission. Un passage.
Si Jacques Loussier a donné l’élan, Louis-Nicolas Morançon offre le miroir.
Moins connu du grand public, mais précieux dans l’atelier du compositeur, il est cette oreille extérieure indispensable. Denis lui apporte ses partitions. Elles ne sont pas encore figées. Elles cherchent leur équilibre.
« Parfois il me dit : c’est bien. Parfois il me dit : tu es sûr ? Et c’est très important. »
Louis-Nicolas Morançon, musicien exigeant, héritier d’une tradition familiale — son père Guy Morançon fut un grand organiste — travaille à la fois comme conseiller, regard critique et copiste. Il conserve, classe, structure l’ensemble des partitions de Denis. Mais son rôle dépasse largement l’archivage : il apporte une altérité.
Une musique sans cases
Les titres de ses albums — Bric à Brac, Méli-Mélo, Puzzle, Mic-Mac — racontent déjà quelque chose. Denis Gancel n’aime pas les frontières.
« Je n’aime pas beaucoup les cases. Je préfère rechercher avec mes amis musiciens le meilleur assemblage possible. »
Avec Nicolas Chelly et Hidéhiko Kan, rien n’est jamais figé. Une composition est discutée, sous-pesée, ciselée… puis adoptée. « Ce ne sont pas des amis, ce sont des frères d’armes. »
Cette liberté, cette conversation permanente, parsèmentDEnis Ga toute son écriture.
Cette liberté joyeuse irrigue aussi ses collaborations, notamment avec la mezzo Juliana Olm, dont la culture musicale sud-américaine apporte d’autres couleurs, d’autres respirations.
Michel Piquemal : la rencontre des voix
La rencontre avec Michel Piquemal a lieu à Paray-le-Monial. Michel dirige Lumières, la messe de Jacques Loussier, et le Requiem de Fauré. Denis est saisi par « son engagement, sa sensibilité extrême ».
Leur travail est simple et artisanal : piano, crayon, écoute.
« Je me mets au piano — il n’aime pas beaucoup l’informatique — il prend son crayon. Quand il se met à chanter, c’est bon signe. Quand il ne dit rien… on s’en parle, on rit, et on ajuste. »
Il y a là une confiance rare. Une amitié musicale fondée sur l’exigence et la joie.
Un Magnificat intérieur
Ce goût pour la retenue expressive s’était déjà manifesté dans son Magnificat. Là où tant de compositeurs choisissent l’éclat et la proclamation, Denis Gancel opte pour une joie intérieure.
« Je n’imagine pas Marie sautant au cou d’Élisabeth. Leur joie est sans doute passée par des regards d’une immense douceur, des silences habités. »
Dans cette version pour trio de jazz, la joie ne s’impose pas : elle circule. Le piano esquisse, la contrebasse ancre, la batterie suggère. L’émotion naît dans l’écoute mutuelle.
Une spiritualité sans emphase. Une lumière qui vient de l’intérieur.
Denis Gancel précise: « Je suis heureux que l’on puisse faire entendre en version instrumentale . Après tout s’il n’y avait pas eu de Magnificat, il n’y aurait pas la rencontre avec pèlerins d’Emmaus »
Les Pèlerins d’Emmaüs : le jazz comme marche
L’idée d’une cantate naît naturellement. « De J.S. Bach à Barbara, la cantate a toujours été un espace de liberté. »
Alternance des voix. Dialogue des timbres. Circulation entre écriture et improvisation.
Le texte des Pèlerins d’Emmaüs s’impose. Ode à l’amitié. À la conversation. À l’espérance.
« Si proche de l’esprit du jazz, en fait. »
Ici, le jazz devient langage du chemin. Les thèmes se déploient comme des paysages successifs. L’improvisation ouvre des respirations. Comme ces silences habités qui précèdent la reconnaissance.
Ce n’est pas un effet spectaculaire. C’est un dialogue.
Un Chœur qui a du répondant
Travailler avec le Chœur Région Sud est, pour lui, une évidence.
« Ça sonne bien. Réactivité incroyable. Agilité en plus de la musicalité. »
Il parle aussi de structure, de gouvernance claire, de répartition des rôles — autant de détails qui rassurent un compositeur présent au cœur du travail.
Et surtout :
« C’est un chœur qui a du répondant. Il répond… mais il ne se laisse pas faire. »
Autrement dit : un partenaire.
On comprend alors que Les Pèlerins d’Emmaüs ne seront pas simplement exécutés. Ils seront habités.
Les rendez-vous d’avril
Que souhaite-t-il pour le public ?
Il hésite. Puis il répond simplement :
« J’aimerais que ce spectateur soit entré dans notre engagement à faire partager un texte, des émotions, avec un amour fou de la musique et une complicité joyeuse. »
Les 11 avril 2026 à Cannes et 12 avril à Nice, Les Pèlerins d’Emmaüs ne seront pas seulement une création musicale. Ce sera une rencontre.
Entre un compositeur qui a cherché toute sa vie cette vibration collective sous un lustre d’enfance.
Un chef habité par l’amour des voix.
Un chœur qui a du répondant.
Une soliste
Un trio qui respire.
Un moment rare.
Et peut-être, pour chacun, un pas de plus sur le chemin.

